EDITO

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J'ai traversé ces années en dandy bohême, tout en gardant une certaine distance. J'ai eu la chance de connaître plusieurs milieux fort différents les uns des autres, car je m'impliquais rarement à fond dans les mouvements, ce qui m'empêchait d'en être prisonnier et je gardais ma liberté et mon indépendance. Tout allait très vite à l'époque : les mouvements, les « trips » se succédaient sans cesse, sans pour autant chasser les précédents, ce qui donnait lieu à cette juxtaposition extraordinaire.

Nous avons été une génération de défricheurs, nous nous sommes retrouvés devant des situations inédites dans l'histoire de l'humanité, comme de vivre sans guerre et dans une relative prospérité, malgré la crise naissante. Nous avons été les premiers à vivre ça, nous avons eu de la chance, même si nous avons aussi connu les épreuves de l'héroïne et du sida qui ont été en quelque sorte « nos guerres ». Nous ne pouvions pas imaginer que les choses puissent revenir en arrière, comme cela a été le cas dans les années 80, celles du « backlash », mais tout cela n'est au fond que le mouvement d'un perpétuel balancier.

Maintenant que nous allons être, que nous le voulions ou non, rattrapés par le temps, nous nous trouvons face à un nouveau défi, inventer une façon de vieillir 'rock'n'roll', c'est-à-dire le moins possible, et ne surtout pas devenir des « vieux cons » qui radotent.

Aujourd'hui, le contexte a radicalement changé, je crois que nous en sommes tous conscients. Et un bon nombre de fondements de la « pensée soixante-huitarde » sont remis en cause, voire sévèrement contestés. Je m'y attendais, n'ayant pour ma part jamais adhéré à cette idéologie gauchiste qui sévit encore de façon caricaturale chez bon nombre de gens de ma génération, qui sont devenus à leur tour les « nouveaux conformistes », cela même qu'ils reprochaient à leurs parents dans les années 60. Cette idéologie qui est à l'origine, selon moi, de beaucoup de problèmes dans laquelle la France se trouve actuellement. Mais il n'est pas question non plus de jeter le bébé avec l'eau du bain, bien évidemment !

Je ne parle pas de ceux qui ont suivi leur chemin en restant libres d’esprit et indépendants, sans être prisonniers d’une idéologie, et tout en gardant quelque chose des idéaux et du meilleur de ces années-là, et ils sont nombreux.

Mais je vois une influence néfaste de l’idéologie soixante-huitarde dans plusieurs domaines :

- le « jeunisme », qui veut que les jeunes ont forcément raison parce qu’ils sont jeunes.

- le mythe de la Révolution : tous les 2-3 ans, on veut nous « refaire mai 68 », peu importe le prétexte, largement encouragé par certains parents soixante-huitards à qui ça rappelle « le bon vieux temps » et qui poussent leur progéniture à se révolter dans la rue.

- l’angélisme vis-à-vis de la délinquance : surtout pas de répression, car « c’est la faute à la société ».

- le système éducatif, dont on dit souvent qu’il est en faillite, les profs soixante-huitards ont fait beaucoup de dégâts, avec leur refus de l'autorité dont on est bien revenu aujourd'hui. Tous les profs ne sont pas comme ça, heureusement, et beaucoup sont tout à fait conscients des  conséquences de ces errements.

- le multiculturalisme béat, l’« autre » est toujours formidable, même si ses traditions et sa culture sont en totale contradiction avec les nôtres, avec ses corrolaires, l'ethnomasochisme et la repentance perpétuelle, selon laquelle nous serions responsables de tous les maux de la planète et nous devrions expier nos fautes en accueillant toute la misère du monde.

Tout cela est largement véhiculé par les media, on estime qu’environ 90% des journalistes sont de gauche, même dans ceux qui sont censés être de droite. Dans le showbiz aussi, tout marche par cooptation, on aura du mal à trouver du travail si on n'est pas « dans la ligne », ce qui fait que tout le monde fait semblant de penser plus ou moins la même chose, et ne se prive pas de nous le faire savoir.

Certains d'entre vous vont sans doute me trouver bien réac, mais ce qui compte avant tout pour moi, c’est l’exigence de vérité et non les apparences et le conformisme bien-pensant et superficiel. Je pense que tout va par cycles, et beaucoup des idées dans lesquelles nous avons baigné et qui nous semblaient évidentes à l’époque ne sont tout simplement plus adaptées au monde d’aujourd’hui, qui est plus dur et moins dans le rêve et l’idéalisme. Je réfléchis souvent à ces choses-là, parfois des jeunes me disent que nous manquons d’utopies, je leur réponds que l’utopie c’est bien beau, mais gare aux désillusions quand elle retombe, beaucoup de gens de notre génération en ont fait les frais.

Ce qui n'empêche pas que je suis fier de faire partie de cette génération, nous avons vécu des choses extraordinaires et inédites, mais il faut savoir prendre du recul et ne pas perdre de vue l'essentiel, « autres temps, autres moeurs » ! 

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