LE FREE JAZZ


Les Black Panthers à Paris : Frank WRIGHT, Bobby FEW, Muhammad ALI, Noah HOWARD, Allan SILVA
Steve LACY, Sunny MURRAY, Don CHERRY, Oliver JOHNSON, Gilbert ARTMAN (qui fonda LARD FREE, puis URBAN SAX), Jac BERROCAL, Beb GUERIN. 

A la fin des années 60 de nombreux musiciens noirs américains ont fait le choix de quitter une Amérique hostile pour gagner une Europe nettement plus ouverte à l'avant-garde. Installé à Paris dans les premiers mois de l'année 1969, l'Art Ensemble of Chicago est accueilli à bras ouvert par Claude Decloo, le fondateur du magazine Actuel, qui bataille ferme pour créer son propre label de disque, BYG-Actuel, avec l'aide de Jean Georgakarakos.

C'est ainsi que le premier disque de l'Art Ensemble of Chicago A Jackson In Your House est enregistré par ce label français le 23 juin 1969. En l'espace d'à peine six mois l'Art Ensemble of Chicago enregistre, pour BYG et d'autres labels (Nessa, Saravah, Pathé Marconi...), une bonne demi-douzaine d'albums parmi lesquels The Spiritual, People In Sorrow, Message To Your Folks, Reese and The Smooth Ones et Comme à la Radio avec Brigitte Fontaine.

L'Art Ensemble of Chicago est composé de Lester Bowie (1941-1999) (trompette, cor, percussions) Roscoe Mitchell (1940) (saxophones, flûte, clarinette, hautbois...) Joseph Jarman (1937) (saxophone, clarinette...) Malachai Favors Maghostut (1937-2004) (contrebasse, banjo, percussions...).

Tous ces musiciens jouaient souvent dans les concerts organisés ici et là, comme à l'AMERICAN CENTER du boulevard Raspail aujourd'hui disparu ou l'école d'Architecture juste en face. On les voyait aussi beaucoup dans les bars de Montparnasse, la Coupole, le Select, la Rotonde, le Rosebud, etc..


BOBBY FEW

Dans les 60s et 70s, le jazz était très important pour nous amateurs de rock. On allait voir indiféremment avec le même plaisir des concerts de rock, de jazz, ou de blues. Le jazz et le rock s'influençaient mutuellement, à travers le jazz rock inventé par Miles Davis en 69 avec "In a silent way" ou "Bitches Brew", puis Weather Report, John Mc Laughlin et le Mahavishnu Orchestra, Chick Corea, etc.. C'était vrai aussi dans l'autre sens, certains groupes de rock étaient fortement jazzy, comme Soft Machine, ou Magma.

Un des artistes de jazz les plus vénérés par les amateurs de rock était John Coltrane. Personnellement, je lui voue un culte, j'ai une grande partie de sa discographie, surtout sa période "Impulse". On aimait aussi Pharoah Sanders, Archie Shepp, Albert Ayler, Sun Ra, Ornette Coleman, Don Cherry,...

En ce qui concerne le style plus particulièrement "free jazz" : il a été créé comme une évolution naturelle du jazz, une manière de pousser les limites de l'improvisation, par de très grands musiciens comme Coltrane ou Ornette Coleman. J'aime particulièrement les longs délires qui suivent des intros mélodiques, parfois réduites à leur plus simple expression, comme dans les versions live de "My favorite things" ou "Impressions" de Coltrane. Mais le free jazz a eu aussi ses suiveurs, et il n'était pas toujours évident de rentrer dans un morceau free du début jusqu'à la fin, surtout qu'on n'était pas toujours sûr que le musicien jouait comme ça par inspiration ou par facilité.  

Il y avait aussi un aspect politique, idéologique, très important dans le free jazz. Il était associé aux mouvements de libération noire, Black panthers, Black Power. Ce qui fait que le free rencontrait un large public chez les militants gauchistes et les intellectuels, souvent imperméables à d'autres styles de musique, sauf classique. Le rock ne représentait pour eux qu'un genre petit-bourgeois, cheval de troie culturel de l'impérialisme américain. Ceux-ci pouvaient en effet gober n'importe quoi du moment que c'était joué avec un air inspiré et militant par des noirs américains au look Black Panther. Le free pouvait être génial quand il était inspiré, mais pouvait aussi être une vaste fumisterie !