SERGE KRUGER ET SES BANDES


  
SERGE KRUGER LE PASSEUR

SERGE SUR FACEBOOK
LA BANDE DES HALLES par GILLES BLANCHARD

Serge KRUGER fait partie des branchés parisiens depuis plus de 50 ans, c'est à dire depuis la bande de la patinoire des Champs-Elysées qui remonte à 1956 ! Autour de 1958, la bande du "Français", un café des Champs, se compose, entre autres des frères Merlin, Philippe Debarge (un grand nom de la branchitude qu'on retrouvera dans divers milieux), Alain Castille, Didier Malherbe (futur Gong), Olivier Dewavrin (futur créateur de "Surcouf"), Christophe Cauchoix (futur organisateur des concerts KCP), "tous légèrement déjantés, décolorés, fumeurs de joints". Plus tard ils rencontreront d'autres potes, comme Antoine Machat, Marc Zermati, Jean-Jacques de Castelbajac, Jean-Pierre Kalfon, Jean-Marie Poiré, Michael Memmi.  Puis,  dans les années 60, ses membres ont essaimé vers l'Ouest, pour donner entre autres la bande du Troca et celle du Scossa que j'ai connues à l'époque des Minets qui se retrouvaient sur les Champs.


Serge Kruger et Dominique Gangloff

Durant les années 70, 80 et 90, Serge a été l'un des rois de la nuit parisienne, en organisant des fêtes mémorables, dans ses divers appartements (celle donnée rue aux Ours pour les New York Dolls dura plusieurs jours !), ou ceux de la rue des Lombards ou de la rue Pierre Lescot,  et aussi à la Main Bleue, où il était DJ avec Djemila.

Serge : « Rue aux Ours » fin 70, et jusqu'à 74-75 ; j’avais acheté l'appart avec les 1ères années de succès de mes magasins. Un copain dans l'immobilier m’avait dit : « j’ai 2 étages pour finir cet immeuble, avec les combles et les poutres du toit, en duplex, je te le solde » : je lui achète 170 000frs et en échange, il doit le rendre « habitable » dans la série 4 pieces etc. ; je lui propose de ne faire aucune cloison, aucune porte, d'en faire un loft pur, en échange de la création de 2 terrasses remplaçant une partie du toit, et d'une "piscine" genre 2m sur 3 ou 4, à côté de mon lit surélevé (renforcement du sol nécessaire, piscine en mosaïque turquoise avec escalier, cheminée devant). Tout le sol de l'appartement était en carrelage blanc, énorme cheminée au centre, super hauteur de plafond par les combles découvertes du toit : plus de 100m2, quel bel endroit, classe et cool, pour une bouchée de pain...,un vrai penthouse à la française, j'avais 28 ans, pas trop moche, des copains chics freaks et mélomanes : Castelbajac, la fille diaphane de Nicky de St Phalle, JM Poiré et sa femme Patricia, Kalfon, le magnifique Octavio, Mikael Memmi (les Frenchies), Michel Fournier (le père d’Aure Atika?), Antoine Machat, le magnifique Gino, sosie de Keith Richards (il aimait bien dormir chez moi, mec adorable), Fabienne Shine (qui venait me voir avec son amant sublime, dans mon misérable magasin d'autoradios!). Ils vivaient avec 2 molosses grands comme des vaches, dans une tente de bédouin royale, dans les forêts, il avait des cheveux jusqu’aux genoux (il était sikh), habillé en velours et satins comme un prince : il est devenu un richissime peintre hyper réaliste aux usa, et elle, compose de la musique et chante et est donc une pure Princesse ! C'est à ça qu'on reconnaît la classe des gens, des vrais amis, mes copains ordinaires m'évitaient : trop cheap, la honte ! Eux faisaient des km pour venir passer la nuit à parler avec moi dans le fond du magasin minable….
L’appartement était porte ouverte, parfois j'arrivais chez moi et des gens m'ouvraient en disant « euh serge n'est pas là! »… C'était le point de rendez-vous de toute la bande : je deviens très ami, très complice avec cet allumé génialissime d'Yves Adrien, son ombre Alain Pacadis et son adorable copine travelo : Dynah, un être délicieux ; elle faisait le tapin parait-il, je l'aimais beaucoup, mon cœur s'émeut encore en pensant à elle..
. Et ça défile non-stop, avec David Bowie et Lou Reed en boucle, Zermati nous apporte Iggy pop (un jour je danserai devant lui avec Djemila, pour lui faire une démo de "disco funky" qui se danse "à 2" : mais c’était plus tard en 77 !). Antoine Machat, sa pêche et sa bonne humeur, Debarge pas encore fâché passe de temps en temps en ricanant, (à un mec inconnu qui vient pour essayer de nous fourguer de l’héroïne, il dit en lui montrant la porte « et n’oublie pas ton cheval ! » ; le petit Bacos réussit à se glisser discrètement (très gentil), un jour déboulent les Gazolines, premières bandes de travelos mené par Maud "Molyneux" et Paquita, avec notre amie Marie-France, une horde entière habillées, comble du chic, en "grenouilles de bénitiers" avec chapeaux etc., laissant derrière elles une traînée d'éther (leur came de l'époque). Paquita était indéniablement la cheftaine de sa bande : tout le monde l'adore ou la craint ; je crois que c'était la seule vraie fille à être acceptée dans ce groupe délirant, hyper intelligents, complètement déglingués de rigolade, de bordel partout, scandales et contrôle de la vulgarité régénérante : ils arrivaient dans les vernissages guindés en hurlant "BIITE!". Avec eux : Maud Molyneux, la plus redoutable, garçon de bonne famille très cultivé passé à gauche 68, puis aux chroniques de haute couture!! Helen Azera, avec sa remarquable beauté d'attitude, grand amateur de chansons françaises 1900 (émission sur France culture) : toute une équipe, ah si une autre fille : la grande Daphné , complètement allumée, super bien foutue, qui baisait avec tous les mecs (moi elle m’avait enfermé à clé en partant de chez moi, salope!)

YVES ADRIEN ET LES DOLLS : Yves Adrien, avec ses cheveux en crin qui tombent sur ses fesses, est redoutable, parle pire que le plus fantasmagorique et maniéré des pédés n'oserait le faire, et bon plan, adore les filles, comme moi ! Un jour on se paye une toile tous les 2 : devant la caisse 7 ou 8 mecs genre footballers au crane rasé commencent à nous chambrer, c’est mal barré : Yves fait un lent demi-tour sur ses hauts talons, et toise les mecs : silence immédiat, paralysés comme des hamsters par un cobra (Yves ETAIT un cobra), les mecs se tassent sur eux-mêmes, Yves se retourne : silence de plomb il fait signe: 2 tickets, il n'a pas dit un mot... C'était un redoutable bastonneur avec le verbe, l'esprit et éventuellement l'expérience plus pragmatique de sa banlieue natale : je me sentais bien avec lui, smart for ever (on a toujours passé des bons moments,vifs, lucides, et joyeux!)
Il a écrit quelques livres (« Novovision ») et des centaines d'articles signés « la panthère électrique », pour un journal d’avant-garde « le Parapluie », et pour Libé ou il avait sa page sur demande, mais il préférait laisser le sale boulot à son Sancho Pança de Pacadis : il évoquait alors le terrible devenir d'une planète sous le règne de la punkitude, dont il a inventé le terme ! Son style, acéré et brillant, à la Lautréamont, est une œuvre d'art, même si au fond, il était peu disert, écrivant parfois plusieurs pages publiées avec "je n'ai rien à dire" répété 50 fois!
Yves sera accepté lui aussi par la future bande des halles, devenant très ami avec Philippe Morillon et Paquita, et présent à nos plus grands rendez-vous, au Palace, aux Bains, chez les amis ; par contre il appréciera assez peu mon échappée vers les cieux africains par la suite (devait faire trop chaud au Tango, puis franchement, comme danseur...). Adrien était surtout un provocateur, adorant plus que tout les paradoxes et paroxysmes brillants : mais sincère, il avait la lucidité de voir l'élite partout ou elle se trouvait - éventuellement dans les milieux les plus mondains (rien ne l'arrêtait), comme aussi avec des mecs comme moi, ou nos copains sans autre grade que leur présence diagonale, marginale : libre et solo, il s’arrangeait toujours pour etre l’axe discret de la situation…
Plus de ligne de téléphone à l'époque : du coup quand les amis passent, ils en amènent d'autres, et ça devient le lieu de rencontre : « chez Serge, rue aux ours »... Je suis ravi, c'est tellement cordial, élégant, drôle, en effervescence permanente : on ne s’ennuie jamais, toujours de la musique à fond, on s'habille classe "style rock", moi en jeans et spencer de cuir noir pour le quotidien (sexy), parfois en pantalons collants en snake plastique avec chemise en dentelle à jabot et veste léopard, plateforme boots laquées en argent, un peu de khol aux yeux, ouaaah, ça allait très bien avec ma Cadillac Eldorado 55 cabriolet, toute "crème et chromes"! On est souvent plié de rire, de sourires en tout cas, tout est si déglingué, si smart, si cordial !
J’ai cette grosse Cad en bas, on fait le tour du périf à 8 dedans, en écoutant du Barry White, ou Aretha Franklin, provoc suprême, au milieu de Eno, le Velvet, Blue Oyster Cult et Bowie en boucle… Je la prête aux New York Dolls, que Marc Zermati connaît, quand ils viennent a Paris, et je les invite à une grosse fête chez moi : 300, 400 freaks ou plus se pointent, venus je ne sais comment de l'Europe entière ! Les flics déboulent, képi bas, me disent, écrasés dans l'escalier, "je vois que vos amis sont des artistes (!), et... votre appartement est magnifique", et ils repartent, médusés! Faut dire que quand les NY Dolls arrivent, en porte-jarretelles et corset pailleté, maquillés, faux cils etc. (et probablement hétéros), ils passent quasiment inaperçus devant l'étalage d'excentricité délirante et ultra sophistiquée des autres invités : personne n’a la grossierté de les remarquer!!!
Nuit de délices, tout est hors contrôle, ultra brillant et gai ; et je m'endors avec ma bandante et adorable amante, coiffeuse blonde de 17 ans aux longues jambes, des bas résille sous son short ultra court avec ses talons, un corps indécent de splendeur (beaucoup trop de succès), je réussis à pas me la faire piquer, et quand on se réveille, m'attendant à une maison dévastée, j'ai du café fumant et des tartines à coté de mon lit : tout l'appartement a été lavé, frotté, nickelisé par ceux qui sont resté dormir là, entraînés par Antoine Machat, pas un cendrier cassé, tout est plus beau, plus propre qu'avant, un bonheur... ah on est loin des blaireaux de "bonne famille" qui gerbent partout en écrasant leurs mégots sur le plancher.
A cette époque, plus personne n'allait en boîte (ils devaient tous être chez moi!).

Puis il anima le "Tango", rue Au Maire, où il passait des musiques tropicales, le Bataclan (les dimanches après-midi magiques 'Domingo' où les enfants pouvaient venir). En 91, il reprit le Moloko à Pigalle. Ensuite il donna des fêtes dans sa maison située sur l'île aux loups à Nogent sur Marne.

Parallèlement, en 1972, Serge avait ouvert un petit magasin d'auto-radios avenue d'Italie qui s'appelait Stéréauto. Il y était associé à Olivier Dewavrin. Plus tard, ils ouvrent tous les deux encore un magasin de hifi rue de l'Etoile dans le 8e, King Music. Olivier Dewavrin fera de cette enseigne un grand groupe national bien avant de créer le magasin d'informatique bien connu Surcouf. De son côté, en tant que styliste, Serge a créé sa propre ligne de vêtements dans ses boutiques (le fameux jean Triple Force Kruger, le Sloogy)

Il a aussi participé à l'aventure des radios libres avec 'Radio Tchatch', l'une des premières à programmer essentiellement de la musique black, Salsa, Antillaise ou Africaine.
Serge : "J'ai commis en 81 la plus belle petite radio du monde : Tchatch dont je suis fier plus que de mes fringues ou autres facéties nocturnes : à travers des musiques qui dépasssaient déjà la Salsa et l'Afrique, c'était un pur cri ininterrompu de bonheur et de haine des cons par l'âme et le coeur de génies méconnus du monde entier et ça a duré 6 ans reproduit sur 84 radios en France !! (env 1h par jour et 24:24 à Paris) ce genre de truc objectivement n'est jamais arrivé depuis !"

Lieux :
- chez Serge, rue aux Ours, puis dans ses différents appartements, rue des Lombards, rue Pierre Lescot...
- le Royal Mondétour, rue Mondétour au bord du chantier des Halles, tenu par une famille d'Auvergnats.
- le Restau FFH (Florent, Friquet, Howie et cie), rue d'Assas, un des premiers restaurants branchés. L'attitude était résolument non-professionnelle mais la nourriture tout à fait correcte, et on ne savait pas exactement qui y travaillait et qui était client ! On y voyait accrochés aux murs les tableaux de Philippe Morillon, Dominique Gangloff ou Roland Millet. Dans l'équipe, il y avait aussi Michel Gaubert et Steven Brinks qui travaillèrent par la suite à Champs Disques, Malika, l'amie de Loïc du quartier Plaisance, et sa soeur Djemila, Paquita, Catherine, Hervé, Cindy..
Florent Morellet a ouvert en 1985 un restaurant à New York, fermé en 2008.


Serge Kruger au Tango
(photo David Frenchd)

- chez Philippe Morillon, bd de Sébastopol
- le Palace, bien sûr, puis le Privilège, les Bains-Douches, le Tango, rue au Maire, le Moloko et tous les endroits branchés de la nuit parisienne

Serge KRUGER - Philippe MORILLON - EDWIGE - DJEMILA - FRIQUET - FLORENT - HOWIE - STEPHEN - PAQUITA - Alain PACADIS - Yves ADRIEN - Dominique GANGLOFF - TITI ROGNON - Henri FLESH - FURY - La Grande DAPHNE


Edwige, la 'Reine des Punks'. (photo : Philippe Morillon)
Serge l'a rencontrée quand elle avait 15 ans et qu'elle distribuait des prospectus pour son magasin.


Bo Bréguet, bd Suchet, 71

Bo "Bruno" BREGUET, et ses cousins Louis et Pascal, qui donnaient des fêtes dans leur hôtel particulier du boulevard Suchet au cours desquelles curieusement, c'était la salle de bains la pièce la plus fréquentée...

Après avoir continué son chemin de vie de peintre et scénariste sur la Côte d'Azur avec son âme soeur Sharon, Bo BREGUET est décédé brutalement en juillet 2009 - bobreguet.free.fr

 


BABETTE, appelée aussi "Elisabeth Tailleur" par Pacadis - Marie-Hélène MASSE - Adeline ANDRE, styliste de Kiruna Melba - ELYETTE -  BENEDICTE SIROUX : On se croisait parfois à la Macrobiothèque, un restau végétarien de la rue de Savoie les lendemains d'excès ! - ROLAND MILLET, peintre, parti en Guadeloupe - CATHERINE - Marie BELTRAMY - François WIMILLE - David ROCHELINE, auteur de pièces de théâtre - PIERRE et GILLES, illustrateurs bien connus - Philippe KROOTCHEY - GINO RICCA, photographe, avec sa dégaine à la Rod Stewart - Patrick GINGEMBRE et ses frères - La petite FRED - CHARLES - TRISTAM et Philippe WATY des Musulmans Fumants -

Ce groupe se fit aussi appeler brièvement vers la fin des années 70 "la bande au bandeau".


François WIMILLE. 
Il fut marié à Catherine Breillat

 


Une partie de la "bande au bandeau" : Jean-Louis Jorge, Eric Bush, Freddie, Pacadis, Edwige, Alain Camara



Djemila, Pacadis et Serge


Bénédicte Siroux, la princesse de la bande, qui était top model. Elle vécut par la suite à New York, au Caire, et de nouveau à Paris.


Paquita Paquin et Dominique Gangloff


Titi Rognon et Friquet Morellet (il l'était !)


Les photos couleur de cette page sont tirées de l'album de Serge

  LES PHOTOMATONS DE GILLES BLANCHARD

Serge Kruger

Roland Millet   

Babette

Gilles Blanchard

Dominique Gangloff

Edwige & Fury

Zuleika Ponsen & Philippe Djanoumoff

Marie-Hélène Massé


Andy Warhol et Philippe Morillon


Philippe Morillon
par lui-même


Yves ADRIEN


Serge au volant de sa Cadillac blanche décapotable avec Dominique Gangloff.
Inutile de dire qu'ils ne passsaient pas inaperçus !