Fanfan FANFAN ET FABRICE


FANFAN et FABRICE C. - FREDERIQUE CHAMBON - BERNARD B. - ROGER - PATRICK - JEAN-FRANCOIS - HERVE MULLER - PATOUNET - NICOLE - DAPHNE

Dans les années 75/76, nous vivions à trois dans un appartement de la rue de Rivoli, tout près du quartier des Halles qui était alors en pleine transformation. Il y avait Fabrice et Fanfan, qui étaient mariés, et moi j'étais l'amant de Fanfan. C'était un couple "libéré" comme il y en avait beaucoup en ces temps de relâchement des mœurs qui caractérisaient le début du septennat de Giscard. Le film porno-soft 'Emmanuelle' de Just Jaeckin, avec Sylvia Kristel, qu'ils avaient vu, y était pour beaucoup, avec son érotisme exotique et son célèbre fauteuil en osier. Ils étaient installés là depuis quelques mois, avant ils étaient dans le trop tranquille 16ème. A la recherche d'un nouvel appart, ils avaient visité celui-ci qui leur avait immédiatement plu. Y habitaient alors Tarzan, Pimpon et sa copine. Pimpon était DJ dans une boîte, Tarzan on ne savait pas trop ce qu'il faisait, mais il portait bien son nom et il fut immédiatement attiré par la future occupante des lieux, Fanfan. En attendant d'emménager, Fanfan devint sa maîtresse et elle passait souvent ses après-midis à l'appartement. Elle me racontait que Tarzan aimait la prendre dans la cuisine, nue en tenue de soubrette.

L'appartement était superbe, il y avait une véranda qui surplombait la rue et nous pouvions voir jusqu'à la place de la Concorde. Je dormais avec Fanfan dans sa chambre, et Fabrice avait une maîtresse, Frédérique, mais il ne dédaignait pas, à l'occasion, une aventure homosexuelle. Nous nous partagions aussi, lui et moi, la "grande Daphné" qui venait parfois dormir à la maison, grande baiseuse devant l'Eternel qui s'était fait tout Paris, et qui a inspiré Copi pour un de ses personnages de sa pièce "La tour de la défense". Elle n'était pas très belle de visage mais avait un corps sublime, qu'elle exhibait dans des strip-tease de province. Un jour, elle m'a dit que j'étais le "meilleur coup de Paris", ça fait toujours plaisir, surtout de la part d'une connaisseuse ! Elle travaillait alors dans un magasin de fringues de la rue de la Pompe, anciennement Mayfair à l'époque des minets, et elle m'avait donné un pull vert "Yale University" que j'ai gardé longtemps. On allait aussi à des fêtes chez Serge Kruger qui habitait à côté, rue des Lombards. Il y avait là toute la bande des branchés, entre autres Edwige, dans sa période pré-punk, belle et féminine, Bénédicte, le top model, ou bien Friquet qui avait ouvert avec son frère Florent le restau FFH rue d'Assas, où tout ce petit monde se retrouvait sans qu'on sache très bien qui y travaillait et qui était client.

Alain Mamou-Mani, Maurice Najman et Daphné Defrançois, 
cortège de la manif du 1er Mai 1974, Paris. © Jean Segura

Fabrice et Fanfan étaient finalement assez "Français moyens", pas vraiment branchés. Ils ne se droguaient pas, à peine un petit joint ou une ligne de coke pour Fanfan de temps en temps, et la politique était le cadet de leurs soucis. Mon ami François trouvait que Fabrice ressemblait un peu au capitaine Blake avec sa fine moustache, mais en brun. Il était originaire de Cannes, où il avait rencontré Fanfan, une Parisienne qui venait en vacances chaque année avec ses parents, et ils s'étaient mariés assez jeunes. Mais comme depuis ils s'étaient "libérés" et aimaient faire la fête, cela les avait amenés à côtoyer toute cette faune noctambule et interlope. Un de leurs amis était Freddy Stracham, un beau Jamaïcain pédé comme un phoque qui faisait partie du groupe disco Sheila B. Devotion, et qu'ils avaient dragué au Flore. Nous allions de temps en temps dîner à côté à la "Poule au Pot", dans une petite rue qui donnait dans la rue St Honoré, c'était un lieu de rendez-vous de gens du showbiz, de michetonneuses et de junkies chic.

 

 

 

 

Et puis, un jour, Fanfan prit un autre amant, mon copain Patrick, dit "Patounet", dit aussi "le Tombeur de ces dames", très beau mec mais héroïnomane, comme beaucoup à l'époque. Je continuais quand même à habiter là, à partager le lit de Fanfan et nous baisions toujours ensemble de temps en temps : en effet, Patrick n'était pas toujours très disponible, il avait d'autres fiancées à droite et à gauche, et était souvent embarqué dans des galères sans fin pour trouver de la poudre. Et puis Fanfan et moi étaient restés les meilleurs amis du monde.


Patrick Jordens dit "Patounet"

Fabrice travaillait alors chez un grand coiffeur : son truc, c'était de commercialiser des postiches pour hommes dégarnis. Comme je commençais à perdre mes cheveux, il me proposait régulièrement de lui servir de cobaye ! Fanfan et moi ne travaillions pas. C'était le début de la grande période gay-disco, et les disques qu'on écoutait le plus était l'album de Gloria Gaynor avec "Never can say goodbye", Donna Summer "Love to love you baby" avec ses 136 orgasmes. Moi je commençais à devenir un grand fan de reggae et je passais en boucle la bande originale de "The Harder they come", le film avec Jimmy Cliff. 

Souvent, le soir, nous prenions la Volkswagen verte pour aller passer la nuit au Sept de la rue Sainte Anne, tenu par Fabrice Emaer qui allait ouvrir le Palace quelques années plus tard. C'était un restau-club Gay-Chic, fréquenté alors par le Tout Paris, Yves Mourousi, Alice Sapritch avec ses "Chéri, Chéri", Thierry le Luron, Kenzo alors en pleine ascension, Grace Jones qui était mannequin chez Elite, Bowie et Iggy, etc...


Gainsbourg pas encore trop Barre, Thierry Le Luron,
Fabrice Emaer et Yves Mourousi au Palace, 1979

 A la différence d'autres clubs gay de la rue Sainte Anne comme le Bronx, ce n'était pas un ghetto et tout le monde pouvait y entrer, hommes, femmes, homos et hétéros, à condition d'avoir un tant soit peu le "look". Nous y retrouvions Jean-François, ancien voisin de Fabrice et Fanfan, qui était stewart à Air France et pédé (qui a dit "pléonasme" ?). Un soir, au Piano Bar qui se trouvait en face du Sept, Jean-François nous a présenté Hélène, une de ses collègues hôtesse de l'air, mariée, qui venait de Marseille et était de passage à Paris pour une escale prolongée. Elle était blonde, assez mignonne, tout à fait le look hôtesse, et cherchait un mec pour la nuit, mais comment faire avec tous ces pédés ? Alors elle s'est renseignée auprès de Jean-François, et sachant que j'étais hétéro et libre, l'affaire s'est conclue rapidement. Nous sommes ensuite passés de l'autre côté de la rue, au Sept où nous avons passé une bonne partie de la soirée à danser sur la fantastique musique soul pré-disco du DJ cubain Guy Cuevas. Hélène et moi avons flirté outrageusement sous les regards parfois amusés, parfois outrés de la clientèle du Sept. Puis nous avons arrangé le coup : Jean-François allait dormir rue de Rivoli et il nous prêtait son appartement dans le seizième pour qu'Hélène et moi terminions la nuit. Elle avait super envie de baiser et moi aussi, et la séance fut sauvage, torride, en écoutant la soul ultra-sensuelle de Marvin Gaye sur la chaîne de Jean-François.

Le lendemain, après avoir bien baisé et rebaisé, nous prîmes le 72 pour retourner à l'appart de la rue de Rivoli. Fanfan ne manqua pas de m'interroger avec un petit sourire en coin, "alors c'était comment ?" Le soir, plusieurs amis sont venus dîner, il y avait entre autres Patounet et Roger. Cette fois, ce fut Fabrice qui embarqua Hélène dans sa chambre pour la nuit. Et le lendemain, ce fut le tour de Roger, qui tomba amoureux, ce qui était la dernière chose à faire avec une nana de ce genre !

Je continuai à habiter rue de Rivoli pendant quelques mois, puis ce fut l'été 76 qui fut si chaud et ma rencontre avec Connie, de San Francisco. Par la suite, les relations entre Fanfan et Fabrice se dégradèrent, ce genre de vie ne pouvait pas durer et ils finirent par se séparer. La dernière fois que j'ai vu Fanfan, elle habitait dans le 15ème, elle m'a invité à dîner et à passer la nuit avec elle. J'ai trouvé très belle cette "fidélité". Puis elle s'est mariée avec un médecin qu'elle avait rencontré au Club Med de Côte d'Ivoire, Gilles, et ils se sont installés dans le Sud. Il m'est arrivé de croiser Fabrice, qui était resté à Paris et revoyait souvent Daphné...