LA BULLE


Située rue de la Montagne Sainte Geneviève, près de la Contrescarpe, La Bulle était un des clubs les plus branchés de Paris, à dominante rock, dans les années 72/74 (avant c'était une boîte de travestis, 'La Montagne'). Elle prit la suite du Rock'n'Roll Circus et de l'Open One

J'y allais souvent avec Elisabeth, Frédérique et Maurice, on passait le 'before' au Crocodile, pas très loin de là, près du Luxembourg. La clientèle de La Bulle était assez "hippie de luxe", il y avait des gens du showbiz, de la mode, des mannequins, quelques michetonneuses aussi, mais ne payaient que les gens friqués.... Les rugbymen venaient parfois y célébrer la troisième mi-temps. Pendant certains périodes, j'y passais mes nuits et ne voyais du jour que le petit matin, les yeux tout éblouis en sortant de l'obscurité. A l'époque j'habitais encore dans une chambre dans le 16ème, je rentrais souvent en stop, par les quais, et ça marchait bien !

En bas, dans la cave, dans les volutes d'herbe, jouaient presque tous les soirs des groupes.

Pami eux TROC : Alex LIGERTWOOD (chanteur), qui venait de chez Brian Auger, le grand André CECARELLI (batterie), Jannick TOP puis Francis MOZE (bass), Henri GIORDANO (electric piano) , Claude ENGEL puis Jacky GIRAUDO (Guitare).
J'étais très enthousiaste sur ce groupe, que je considérais comme de loin le meilleur que j'avais vu en France, et j'en parlais à tout le monde. C'étaient tous de super musiciens, très influencés par le jazz rock naissant, en particulier Weather Report, avec la particularité d'avoir un excellent chanteur anglais avec une voix soul et puissante à la Stevie Winwood (il rejoindra Santana par la suite). Ils commençaient en général à jouer dans la cave de la Bulle vers 1h du matin, pendant une bonne partie de la nuit, les sièges/canapés étaient très confortables, l'ambiance très cool et conviviale, les filles étaient jolies et les joints tournaient. Parmi leurs meilleurs morceaux sur scène, je me souviens en particulier de leurs versions de "Happiness Is Just Around The Bend" de Brian Auger et du grand classique "Old man river".
Quand est sorti leur album, qui était tout à fait honorable, je n'ai malheureusement pas retrouvé l'atmosphère funky et enfiévrée des nuits de la Bulle. Ils se sont séparés après, et ont continué leur chemin au sein d'autres groupes français, en particulier Magma. Voir
http://www.claude-engel.com/troc.html

 Jouaient aussi à la Bulle Christian VANDER au piano, ou bien Jean-Pierre KALFON de retour de New York avec son groupe glam rock Sugar Baby Bitch featuring OCTAVIO.

Aujourd'hui, à la place, il y a le Violon Dingue.

les gens : Jack CANONNE (le patron) - Nicole BOIN, sorte d'Isabelle Aubret sous acide qui emmenait au petit matin dans sa Lancia décapotable les petits jeunes dans son duplex de la Porte d'Auteuil.. - DOMINIQUE, le Disc Jockey (ex Rock'n'Roll Circus'), qui appelait tout le monde 'COCO' et sa copine, PASCALE qui faisait beaucoup d'effet sur la piste de danse - Richard FLIN avec sa dégaine Polnareff/Mott the Hoople - Elisabeth HIRSH - Frédérique GARCIA - Maurice GROS - Bernard BACOS - ANNE la jolie blonde qui venait de Marseille - SONIA - Mike LESTER, l'Italien du Boogaloo band - MANU (Emmanuel BOOZ) et DAN - JEAN-PHILIPPE - CHRISTIAN - LIZ, l'autrichienne, et PASCALE, qui habitait rue Dauphine - La petite PASCALE - INGRID, allemande blonde aux cheveux crêpés - SALLY, top model défoncée, brune à la peau mate et MURIEL, michetonneuse blonde - PEDAL STEEL - Alain BELLAICHE, musicien, complice d'Alain RENAUD - ROMAIN - MICHAEL RUSHTON (ex STEAMHAMMER) - JESUS, un photographe allumé qui dansait comme un fou
- Un mec qui travaillait à l'ORTF, homo, très mince et très sympa.
Quand la Bulle ferma en 74, les nightclubbers se retouvèrent au "Malibu" de Sam Bernett, rue Tiquetonne, puis au Sept, rue Sainte Anne, ou encore au Bus Palladium, rue Fontaine, plus rock

Liz et Pascale, deux ex de l'Open One

RALPH : J'ETAIS UN PILIER DU R'N'R CIRCUS, DE L'OPEN ONE ET DE LA BULLE


Christine et Pascale.
Christine était un jour brune, le lendemain rousse. Je l'ai rencontrée à la Bulle, par la suite elle est partie vivre à Londres, où je l'ai revue.

LA BANDE SON DE LA BULLE :
Rolling Stones : 'Bitch' - Humble Pie : 'I don't need no doctor', 9 minutes sur lesquelles tout le monde se déchaînait sur la piste de danse ! - Deep Purple : 'Highway Star' - Stephen Stills & Manassas : 'The Raven', toute la première face du double album - Jeff Beck Group : 'Got the feeling', 'Going down' - Led Zeppelin : 'Rock and roll' - Shawn Philips - Allman Brothers Band : 'Statesboro Blues', 'Trouble no more', 'One way out' - Loggins & Messina 'Good friend', 'Angry eyes' - West, Bruce and Laing 'The Doctor' - John McLaughlin & Carlos Santana : 'Love, devotion and surender' - Bill Withers 'Harlem' - Dr John 'The right place', Weather Report 'Boogie Woogie Waltz' - etc...

Eric ESTEVE :  Le groupe de la Bulle juste après Troc ? C'était qui ? Je vois bien que tu parles de Mike Bazani (Mike Lester), Manu, Dan et tout le gang.
Il te manque un chaînon à cette période.
KIDS !

Oui, la mémoire te revient.
Bruno Besse (Lead & rhytmic Guitar - ex Alice et We Free), Alan Jones (bass), Michael Rushton (drums - ex Steamhammer et futur Innocents), Jean-Pierre Auffredo Lead & rhytmic guitar, flute, vocal - ex Alice et We Free) Eric Estève (vocal - ex Alan Jack Civilization, futur choriste de Véro qui me mènerait tout autour de la planète depuis le Criteria studios de Miami jusqu' au Cristal studio de L.A.).  Manager du groupe ? Ticky Olgado himself. 
La Bulle ? On en avait les clés ! On y dormait ! Quand tout le monde rentrait chez soi, on allait dans les odeurs de cendre et d'humidité dormir jusqu'à 18 heures, l'heure de la répétition.
Thanks Cannone !

La Bulle, nous y avons joué et « boeufé » avec les meilleurs, (Cecarelli, Pewzner, Vander.) jusqu'à la tournée en Scandinavie qui fit exploser le groupe.

Update, s'il te plait, cela nous fera plaisir à tous. Christophe Woog qui assurait le son et Jean-Louis Ravoux qui trouvait les gigs avec Assad (Corida prod. aujourd'hui).

KIDS de gauche à droite : Jean-Pierre Auffredo, Bruno Besse, Eric Estève, Michael Rushton, Alan Jones.
Photo de Jean-Louis Ravoux.

Une page sur les KIDS

Christophe ESPERADO :  La Bulle, comme le disait Eric Estève, c'était presque notre maison. J'y avais une bouteille de whisky magique (qui ne se vidait jamais), j'y dormais parfois pendant la journée, malgé l'odeur de vinasse et de fumée, on y jouait au moins deux fois par semaine quand on n'était pas en tournée.
Je me souviens des bas filés de Jean-Pierre Kalfon, complètement à la rue, des parties de babyfoot de Dan et Manu, un spectacle inoubliable et impayable, des plats de pâtes que nous portait...( c'était Pascale, à la cuisine ?) quand elle nous trouvait trop maigres et affamés...
De Francis Moze et Catherine Lara nous aidant à charger le matos à 6h du mat, devant la porte de la Bulle, quand nous partions en tournée, en nous disant très sérieusement, aussi défoncée que nous "Soyez prudents"...
Je me souviens d'une soirée avec Jeff Beck, qui était venu se réfugier là après avoir fui d'un concert au Châtelet où le public avait détruit la salle, se demandant où il était tombé...
Je me souviens du petit videur qui éteignait mes cigarettes au Nunchaku quand j'entrais et me prenait sous sa protection quand quelqu'un me cherchait des noises...
Je crois qu'ensuite, il a essayé de monter une société de cascadeurs, et je l'avais rencontré, plusieurs années plus tard, à l'ORTF.

Cannone nous aimait vraiment beaucoup et nous a toujours aidé, il nous avait même laissé la Bulle quand il avait été obligé de fermer suite à des histoires avec les stups, notre matos y restait entre nos gigs en province...
J'ai moins de souvenirs des petites habituées, trop défonçé pour me souvenir des quelques nuits que j'ai passées chez l'une ou l'autre. Michetonneuses ? Je n'en sais rien, comme tu le dis, aucune n'a jamais monayé une nuit de tendresse et nous n'étions pas là pour ça.

Moi, j'habitais Place de Furstenberg, et mon appart de 110m² était un véritable haut lieu de l'underground, avec des tonnes de gens que je ne connaissais même pas, dormant ici ou là jour et nuit.

J'ai tout arrêté le jour où, allant chercher de l'herbe rue de Buci, un dealer me dit : "J'en ai pas, mais je connais un endroit où tu en trouveras à coup sûr... suis-moi". Et il m'emmène...chez moi ! J'ai pris peur, foutu tout le monde à la porte, et je suis devenu adulte.
L'appart était pratique : il y avait un escalier de service qui nous permettait d'échapper aux groupies de We Free qui parfois campaient devant ma porte :-)

C'était fou, cette époque, il y a au moins dix ans où je suis incapable de retrouver comment je vivais, pas la moindre fiche de paye...