LE QUARTIER DE BUCI et
ST GERMAIN DES PRES


Pour moi, le quartier de Buci est un peu le centre du monde. Il fut successivement existentaliste à l'époque du TABOU rue Dauphine, avec son égérie Juliette GRECO, puis beatnik, hippie (de 69 à 73), gay tendance moustachus à porte-clés (de 74 à 80).
Aujourd'hui, c'est surtout un lieu de rencontre du monde littéraire. Il y a aussi une forte concentration de galeries d'art, surtout rue de Seine, rue Mazarine et rue Guénégaud.

Dans les années 60, il y avait deux clans à St Germain : ceux qui buvaient du whisky, et ceux qui prenaient du hash et du LSD. Toute une scène bohème habitait dans des hôtels beatnik / junkie, comme la Louisiane, rue de Seine, l'équivalent du Chelsea Hôtel à Paris, qui avait été fréquenté dans les 50s par les Jazzmen, le Beat hotel rue Git le Cœur (A. Ginsberg, W. Burroughs), l'Idéal rue de Verneuil ou l'Excelsior rue Cujas.


Marie France et Gino Ricca au Louisiane en 69

Les gens : La petite PASCALE avec sa frange brune et son look rock'n'roll - ANNE la jolie blonde de Marseille - MARIE-FRANCE - JACKIE, qui habitait rue Dauphine et qui faisait un show à l'Alcazar, rue Mazarine
Le Baron de LIMA (alias "Bagouze"), grande figure emblématique et énigmatique du mouvement underground parisien, toujours en pantalon de cuir, inventeur des bijoux fourchettes. Quelques photos du baron ici - Philippe ABDELKAID et ULLA, rue Dauphine, chez qui je fumais des joints en écoutant Coltrane. - La grande DAPHNE, qui s'est fait tout Paris et a servi de modèle à COPI pour sa pièce, La Tour de la Défense - Jean-Michel AUCLER, photographe - LISBETH - Bernard BACOS -
Martine SIMONET, actrice (Simone Barbès ou la Vertu, Le dernier métro), qui vivait avec Benoît JACQUOT rue Bourbon le Chateau - Raul GIMENEZ, qui était tous les jours au Dauphin, l'acteur fétiche de Daniel SCHMIDT et de R.W. FASSBINDER - Adolfo 'Alfino' ARRIETA, réalisateur espagnol - Pascal BRUCKNER, écrivain - JEAN-FRANCOIS - Catherine FAUX - FABIENNE SHINE - OCTAVIO - Pierre CLEMENTI (rue Cardinale) - Gloria ADLER, avec qui j'ai habité, rue Jacob - Rosine YOUNG, boulevard Raspail, puis rue Mazarine - ABDOU - Danielle (POUPOUNE), rue de Beaune - JEAN-CLAUDE, SIM, zonards - YVAN - LUDOVIC - PABLO, du Magic Circus - Maria SCHNEIDER - Gino RICCA, photographe napolitain avec sa dégaine à la Rod Stewart - EMMANUELLE - Philippe TITECAT - John MURPHY - AMINE - FLIPPO - RENE - MYRIAM - Vince TAYLOR - DYLAN - LIBELLULE, dealer - A la Tour de Nesle et au Rock'n Roll Circus, Georges NEDJAR & YANN, ami de l'imprésario de MOUSTAKI, début 70. - CHRISTIAN - JEAN-PHILIPPE - LAURENT, avec son look Bowie période Ziggy -


Dany au Dauphin


Jean-Michel AUCLER


Benoît JACQUOT, qui a réalisé un de mes films préférés, Les Ailes de la Colombe avec Dominique SANDA et Isabelle HUPPERT. (photo : Catherine Faux)


Le Baron de Lima


Marie France par Pierre & Gilles



Abdou

JACQUELINE : " Moi Paris, ça commence en 66 : Dopping, Bouquet, Speakeasy, Cherry Lane, la rue du Cherche Midi, Le Fiacre ("le bureau") avec Louis, Castel, la Télé, le Flore, la Coupole la gare d'Orsay. Paris c'est entre la rue des Saint Pères et Saint Michel (Saint Jacques ?) et puis la Seine et le Bd Montparnasse.
On s'était formés avec les existentialistes........ il y a quand même bien longtemps de cela et encore le RnR circus, Buci, La Lousiane, Open one, Leyla rue Dauphine avec toujours la belle Marie France
et Jean Marie Rivière (il y avait aussi Saint Tropez et le Café des Arts et le Byblos ) et le Paradiso...
et puis la rue Sainte Anne, Fabrice, le Palace, la Main Bleue, Manou....... "

Les cafés : Le DAUPHIN (aujourd'hui Le CAFE JADE), l'ATLAS, le BUCI, le CONTI, le BAR DU MARCHE, le CHAI DE L'ABBAYE, la PALETTE (la Maison Pidoux, avec Jean-François), LE MAZET, Le MANDARIN, Le MABILLON, la PERGOLA , le OLD NAVY, boulevard St Germain, qui craignait un peu, mais qui était le seul tabac ouvert pratiquement toute la nuit
Et bien sûr Le FLORE, Les DEUX MAGOTS, et les bars de la rue St Benoît comme le MONTANA.


Le café de Buci en septembre 1967 (photo : Jacques Morpain)

 
Shirley Goldfarb, artiste américaine, qu'on voyait souvent au Flore avec son petit chien

Le DRUGSTORE ST GERMAIN, bien pratique pour faire ses courses à 1h du matin, et haut lieu de la prostitution masculine dans les 70s.

La librairie 'Actualités', rue Dauphine, tenue par Pierre Scias, décédé en 2006, et maintenant fermée
La librairie 'Shakespeare et Company', un des hauts-lieux de la "Beat Generation", fondée par Sylvia BEACH et Walt WHITMAN, tenue maintenant par son petit-fils, Georges WHITMAN, rue de la Bûcherie, en face de Notre Dame, un lieu chargé de poésie. Certains routards américains y passaient la nuit, et c'est encore le cas aujourd'hui.

Les restaus : La rue St Benoît, ORESTIAS, le Grec de la rue Grégoire de Tours, une institution. Les Chinois de la rue Monsieur le Prince (maintenant ce sont des Japonais). Le Petit Vatel, cantine pour fauchés rue des Quatre Vents. La brasserie FERNAND, rue Guisarde.



Martine SIMONET avec Raul GIMENEZ, Jean-Louis JORGE, Laurent LACLOS et Costa COSMENE

Les Boîtes de St Germain :

CHEZ CASTEL, rue Princesse, en 67, le rendez-vous de l'avant-garde des sixties, on pouvait y voir Jean-Jacques Schuhl, Jean-Pierre Kalfon, Bulle Ogier, Richard Bohringer, Amanda Lear, qui était alors mannequin chez Catherine Harlé, Nico, les Rolling Stones avec Anita Pallenberg, les Beatles, le peintre Frédéric Pardo, Marie-France, Zouzou la twisteuse, l'équipe du Living Theatre de Bob Wilson,... Voir Egéries Sixties de Fabrice GAIGNAULT (Fayard)

Le CHERRY LANE, rue des Ciseaux, une des rares boîtes homo dans les 60s, avec le "Nuage", le cubain Guy Cuevas tenait déjà les platines, quelques années avant le Sept, puis le Palace. Par la suite, ce ne fut plus une boîte gay, et j'y fus même brièvement DJ pendant l'été 1974, je passais "Rock your Baby" par Georges McRae ou KC and the Sunshine Band "Get down tonight", les premiers tubes disco.
Martine Simonet à propos de sa rencontre avec Benoît Jacquot au Drugstore des Champs : "On était les deux du 17ème. Moi je débarquais de province et quand le samedi tout le monde se déplacait au Cherry Lane, je croyais qu'on allait Chez Rilène et je me disais Elle est incroyable cette fille qui invite tout le monde !!!"

Le Montana, le Bilboquet, le Bistingo rue St Benoit

 

Le célèbre ROCK'N'ROLL CIRCUS, rue de Seine, de 1969 à 1972, très fréquenté par les musiciens. Il était tenu par Sam Bernett, qui avait ouvert avant "La Tour de Nesles". Il y avait de la place pour 500 personnes et l'endroit communiquait avec l'Alcazar de Jean-Marie Rivière, où Marie France faisait des shows. Brigitte, Fafa et Chonchon s'occupaient de l'accueil et des vestiaires, Cameron Watson, un américain déserteur du Vietnam était le DJ. Il y eut des concerts légendaires comme celui de Gene Vincent en 1971. A l'intérieur, il y avait une autre salle, tenue d'abord par le Baron de Lima, et qui s'appela ensuite le "Rimzim", avec Handa (icône du Bus Palladium et de chez Castel), un bar planant, avec thé à la menthe, ambiance indienne, tapis, coussins. Une nuit de mai 1971, Gilles Yéprémian, qui était un habitué, rencontre Jim Morrison raide bourré au Circus. C'est là qu'il passera sa dernière soirée deux mois plus tard ...
En 1972, le club ferma et devint le WHISKY A GOGO (aujourd'hui le WAG, mêmes initiales, mais entrée rue Mazarine). Les habitués du Circus se retrouvèrent alors à LA BULLE, rue de la Montagne Sainte Geneviève, puis au MALIBU, rue Tiquetonne, avec le même Sam Bernett.
A lire, "The End" et "Rock and Roll Circus" , par Sam Bernett, qui tenait l'endroit, et où il parle bien sûr de Jim Morrison.

 

L'OPEN ONE, rue du Vieux Colombier, pour les hippies chic de 69 à 71. Bonnes vibes assurées, ambiance psychélique. L'expérience dura 2 ans, et l'Open ferma suite à des problèmes avec les stups et les banques. Parmi les habitués, Maria Schneider, Jean-Claude Dreyfus (la "Grande Eugène"), Nicoletta et bien d'autres. C'est devenu par la suite le 'DIG-IT'. A côté, il y avait le KATMANDU, le rendez-vous des lesbiennes branchées tenu par Elula PERRIN.

L'OPEN ONE, EXTRAITS DE MEMOIRE par Gérard Ménigou, qui y travaillait.

RALPH : J'ETAIS UN PILIER DU R'N'R CIRCUS, DE L'OPEN ONE ET DE LA BULLE


Liz, l'Autrichienne, et Pascale, deux figures du quartier
qui fréquentaient l'Open One et la Bulle
Les photos de Pascale - Les photos de Liz

Les disquaires : Raoul Vidal, rue de Rennes, où travaillait Hans, un grand beatnik hollandais blond avec des cheveux et une barbe très fournis, très sympa, grand fan de Jazz et de Franck Zappa.
PAN, rue Jacob. Et tous les disquaires de St Michel, "Dream Store", Gibert rue des Ecoles, les bouquinistes des quais, 

Christophe ESPERADO :  J'habitais place Furstemberg, faisais semblant de faire des études de Droit à Assas et j'allais souvent passer mes après-midi à écouter les derniers imports des USA dans l'arrière boutique branchée d'un disquaire de la rue Jacob 'Pan'.
Le Magasin, spécialisé dans le classique Bourgeois, était la propriété d'un Monsieur Milletre. Il avait confié une remise située au fond de la cour à un dénommé Adrien Nataf qui en avait fait un des hauts lieux branchés de l'underground musical Parisien. Il nous y faisait découvrir les dernières création de groupes psychédéliques comme Vanilla Fudge, et, si on achetait peu, on restait des heures à découvrir des merveilles.
Mon appart de 110m² Place de Furstenberg était un véritable haut lieu de l'underground, avec des tonnes de gens que je ne connaissais même pas, dormant ici ou là jour et nuit.

J'ai tout arrêté le jour où, allant chercher de l'herbe rue de Buci, un dealer me dit : "J'en ai pas, mais je connais un endroit où tu en trouveras à coup sûr... suis-moi". Et il m'emmène...chez moi ! J'ai pris peur, foutu tout le monde à la porte, et je suis devenu adulte.
L'appart était pratique : il y avait un escalier de service qui nous permettait d'échapper aux groupies de We Free qui parfois campaient devant ma porte :-)

C'était fou, cette époque, il y a au moins dix ans où je suis incapable de retrouver comment je vivais, pas la moindre fiche de paye...

Deux livres qui se passent au Quartier latin en 1967, des beatniks aux hippies, entre la Contrescarpe et la rue de Buci : Alexandre MATHIS LSD 67 (Serge Safran) - Gaelle KERMEN Aquamarine 67 (Smashwords)


Pascale, Christian de Tarbes et son copain au Dauphin, rue de Buci


Liz